Quand le textile transmet des valeurs

Lorsque l’on pense « vêtements » aujourd’hui, on imagine rapidement les usines textiles en Chine, au Bengladesh ou au Maroc où les travailleurs confectionnent pour un salaire de misère nos t-shirts et nos pantalons. On pense moins souvent à celles et ceux qui, au contraire, ont décidé, par les vêtements, de transmettre leurs valeurs et de changer le monde à leur échelle.

 

Sakina M’sa : quand la couture devient durable

La créatrice Sakina M’sa

Sakina M’sa se définit comme une styliste plasticienne. Cette créatrice d’origine comorienne vend sous la marque Sakina M’sa des vêtements fabriqués à partir de chutes de tissus qu’elle rachète aux grands couturiers, dans son atelier parisien situé dans le quartier de Barbès. Les pièces sont confectionnées par des chômeurs de longue durée qui sont suivis sur plusieurs plans par une chargée d’insertion : alphabétisation, santé, logement… en plus d’une formation dans la couture pour se perfectionner et se réinsérer professionnellement.

 

Cela vous semble déjà génial ? Sakina ne s’arrête pas là : conférences, ateliers pour les habitants du quartier, expositions, défilés en prison, collaboration avec des entreprises… Autant de projets originaux qui valent à la créatrice plusieurs prix (Grand Prix de la Biennale internationale du design de Saint-Étienne en 2001, Grand Prix de la Création de la Ville de Paris en 2008, Prix de la Fondation Kering pour la dignité des Femmes en 2010…) et une reconnaissance croissante.

En 2015, elle ouvre sa boutique dans le même quartier du nord de Paris, Front de Mode, où sont exposées les œuvres de créateurs sensibles au développement durable. Elle souhaite ouvrir des boutiques franchisées solidaires et un « magasin tendance » avec 10% de salariés en insertion.

 

Pièces de la collection Amniotic Graphic de Sakina M’sa (Printemps Eté 2017)

 

La Cravate solidaire : « L’habit ne fait pas le moine, mais il y contribue »

Comme tous les étudiants d’école de commerce, Nicolas Gradziel, Yann Lotodé et Jacques-Henri Strubel connaissent parfaitement les codes des entretiens d’embauche. Ils remarquent en particulier que « l’apparence est l’une des caractéristiques principales de discrimination liée à l’embauche ». Pour changer cela, ils décident en 2012 de créer une association, La Cravate solidaire, qui donne à des personnes en recherche d’emploi des costumes collectés auprès de particuliers ou dans des entreprises, mais également des conseils pour réussir l’entretien dispensés par des conseillers en image et des chargés de recrutement, et des photos à utiliser sur leur CV et leurs réseaux sociaux.

 

La Cravate Solidaire en trois étapes

La Cravate solidaire fait partie des 15 initiatives socialement innovantes désignées en 2014 par François Hollande pour être soutenues par un fonds co-financé par l’Etat et Total dans le cadre de l’opération « La France s’engage ». Aujourd’hui, La Cravate solidaire a des antennes dans 8 villes de France ainsi qu’en Belgique. Depuis le début de l’année 2017, l’association a déjà accompagné plus de 500 personnes.

 

Anne-Cécile Ratsimbason – Des vêtements adaptés aux appareillages médicaux

Le stylisme médical, ça vous parle ? Anne-Cécile Ratsimbason en a fait son métier. Après avoir elle-même souffert d’une scoliose la contraignant à porter un corset sous ses vêtements pendant dix ans, la jeune femme, qui a fait des études dans l’art contemporain et la mode, décide de venir en aide aux jeunes atteints de pathologies nécessitant de porter des appareillages médicaux qui refusent de se soigner parce que ceux-ci sont visibles et peu esthétiques.

Anne-Cécile Ratsimbason fabrique notamment des poches pour les pompes à insuline des personnes diabétiques

C’est ainsi qu’elle se met à confectionner des vêtements adaptés aux contraintes des patients, leur permettant ainsi de mieux vivre avec leur maladie, et ce quel que soit leur âge. Petit à petit, elle étend son travail à d’autres maladies ou handicaps : elle propose des accessoires aux personnes souffrant de diabète ou se déplaçant en fauteuil roulant par exemple. Avec sa marque, Stylisme Médical Ratsimbason, née en 2015, Anne-Cécile a remporté en 2017 deux prix de la Fondation Cognacq-Jay qui a pour vocation de créer, maintenir et développer des œuvres de solidarité sociale.

Pour faire face à l’augmentation de la demande, la styliste, qui crée ses pièces du début à la fin, envisage des partenariats avec des organismes spécialisés dans l’insertion professionnelle, notamment de personnes handicapées (par exemple avec des ESAT, Etablissement et Service d’Aide par le Travail). Elle souhaite également que les vêtements et les accessoires qu’elle crée soient reconnus comme des soins à part entière et soient pris en charge par la Sécurité sociale. 

 

Des vêtements qui redonnent confiance

Qu’elles soient embauchées pour coudre et guidées dans leur réinsertion professionnelle chez Sakina M’sa, habillées et coachées pour un entretien avec les bénévoles de la Cravate Solidaire ou qu’on leur simplifie la vie avec des vêtements adaptés créés par Anne-Cécile Ratsimbason, les personnes concernées par ces initiatives ont toutes un point commun : elles retrouvent confiance en elles. Par le textile, il est possible de transmettre des valeurs et des messages : le respect, la promotion de la différence, l’égalité des chances transparaissent dans ces projets pleins de succès.

Louise Vallette d’Osia – Reporter ImpAct

 

Sources

Sakina M’sa

Site internet de la marque

Portrait réalisé par Contrex

Portrait dans l’émission Mille et une vies

Conférence TedX

La Cravate solidaire

Article de l’Express

Page Facebook de l’association

Anne-Cécile Ratsimbason

Portrait dans la revue XXI

Portrait dans 20 minutes

Portrait dans le Magazine de la santé

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