Pourquoi et comment réduire nos déchets ?

En novembre 2017 a eu lieu à GEM une projection suivie d’un débat avec plusieurs invités sur le thème de la gestion des déchets.

Loïck Roche, directeur de Grenoble Ecole de Management

Loïck Roche, directeur général de GEM, a ouvert l’évènement par un discours mettant en avant le devoir des parties prenantes de l’école de participer et de donner des réponses aux grands défis d’aujourd’hui, avec comme objectifs la transformation de l’école en “school for business for society” et en première école zéro déchet en 2020.

La gestion des déchets est en effet un défi majeur du XXIème siècle. Comme l’a expliqué Georges Oudjaoudi, vice-président délégué à la prévention, la collecte et la valorisation des déchets de Grenoble Alpes Métropole, plusieurs facteurs contribuent à rendre ce défi complexe : “la problématique des déchets est avant tout une problématique de société ; elle est intimement liée à la culture, aux habitudes, au mode de vie des habitants ; c’est donc un problème complexe.” M. Oudjaoudi a livré ce constat préoccupant : depuis 1998, la quantité de déchets jetés dans les poubelles vertes en France n’a pas augmenté ! Elle continue de stagner autour de 58 kg par habitant. En outre, seuls 30% des déchets qui se retrouvent dans la poubelle grise y ont leur place ; le reste devrait être trié. Il est donc urgent de changer l’appréhension de ce qu’est un produit, de son utilisation et de sa fin de vie. C’est l’objet du film qui a ensuite été projeté, “Ma vie zéro déchet”, réalisé en 2015 par Donatien Lemaître.

Donatien est un parisien de 35 ans, vivant avec sa compagne et sa fille. Au début du film, il s’interroge sur les incinérateurs font partie de son paysage quotidien. L’ensemble du parc français incinère 12 millions de tonnes de déchets par an. Aujourd’hui il comprend que ces incinérateurs représentent l’incapacité des hommes à gérer durablement les déchets qu’ils produisent. Aujourd’hui, en France, seulement 35% des déchets sont recyclés.  Le protagoniste décide alors de se donner six mois pour réduire sa quantité de déchets.

Le film se divise en trois parties. Dans la première, intitulée “Un peu naïf”, Donatien présente la situation des déchets en France : ce que nous ne recyclons pas est enfoui ou incinéré. Ces deux méthodes ont des conséquences néfastes sur l’environnement : l’enfouissement peut causer des fuites nocives dans les sols ou les cours d’eau, et l’incinération provoque des rejets de dioxines cancérigènes et de dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre. Il en arrive à cette conclusion : “le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas”. Pourtant, les produits de nos supermarchés sont toujours suremballés, ce qui mène à une grande production de déchets. Comme l’explique Benoît Heilbrunn, professeur au département Marketing à l’ESCP Europe, le packaging est un vendeur silencieux proposant au consommateur non pas un produit, mais une expérience. Pour raconter leur récit, les marques ont besoin d’une grande surface d’expression “pour donner un sens à notre consommation”.

Dans la deuxième partie, “En vrac”, le protagoniste s’aperçoit que la vie sans déchet demande un investissement en temps (un jour par semaine environ) mais fait par ailleurs faire des économies (budget diminué de 10%). Il nous présente des initiatives qui fleurissent partout en France pour produire moins de déchet. À Lorient, depuis quinze ans, on trie les déchets organiques pour en faire du compost, qui est ensuite vendu aux agriculteurs locaux. Dans plusieurs villes de France, il existe toujours des consignes pour les bouteilles en verre ; cette pratique a majoritairement disparu avec l’avènement du plastique à partir des années 1960. Ces pratiques soulèvent un paradoxe : ce sont les contribuables qui doivent payer plus (via les impôts) pour que l’on recycle plus ; en outre, les industriels qui produisent des produits recyclables payent une contribution pour le recyclage, ce qui n’est pas le cas de ceux qui produisent des objets non recyclables (jouets, bricolage, matériel de cuisine…).

Dans la dernière partie, “Pas si seul”, Donatien s’intéresse notamment à la ville de Capannori en Italie, la première ville auto-proclamée zéro déchet. Une initiative y est menée en 1994 pour lutter contre la construction d’un incinérateur. Finalement, les 47 000 habitants ont réduit leur production d’ordures de 40% en 8 ans. De nombreux autres villes et villages en Europe ont suivi cet exemple (en Italie, mais aussi en Espagne, Slovénie, Roumanie). A Roubaix, dans le nord de la France, ’on propose aux familles qui parviennent à atteindre une certaine réduction de leurs déchets de baisser leur taxe d’enlèvement. Au terme de ces 6 mois, Donatien aura réussi à diviser sa production de déchet par presque 30, passant de 29,5 à 1 kg de déchet par semaine.

Pour en savoir plus sur le documentaire et visionner des extraits gratuitement, rendez-vous sur la chaîne YouTube Ma vie zéro déchet.

Georges Oudjaoudi pendant le débat – Crédits : H. Blanquart, Grenoble Alpes Métropole

Suite à la projection, les invités se sont exprimés sur leurs projets lié à la gestion des déchets. Georges Oudjaoudi a présenté les projets à venir pour réduire et mieux trier les déchets dans la métropole de Grenoble. Pour plus d’informations, consultez le site de Grenoble Alpes Métropole où vous pourrez retrouver le schéma directeur pour la période 2020-2030 (à télécharger), ou la page Facebook Jeter Moins, Trier Plus, Faire Face pour des conseils et des événements. M. Oudjaoudi a répondu aux questions des spectateurs, notamment sur les consignes de tri qui diffèrent à Grenoble : “On préfère demander aux Grenoblois de mettre dans le bac de tri tous les plastiques et retrier nous-mêmes avant d’envoyer au recycleur, car on a un apport de matière bien plus important. En réalité, seuls 15% des plastiques jetés dans le bac de tri ne sont pas recyclables.” Il a fait un clin d’oeil aux 60000 étudiants de l’agglomération grenobloise, qui sont “les pires” en matière de déchets. Il a également précisé qu’il était possible de visiter le centre de tri Athanor d’Echirolles sur simple appel.

Cécilia Pascal, représentante de l’antenne grenobloise du collectif citoyen Zero Waste, a présenté les actions menées auprès des entreprises et des particuliers pour les sensibiliser à la réduction des déchets. Vous pouvez retrouver le détail de ces actions sur leur site ou dans notre retour sur le petit-déjeuner zéro déchet organisé à GEM. Zero Waste se présente comme une communauté bienveillante qui permet aux personnes engagées dans la réduction des déchets de se réunir, de partager des idées… Cela permet de contrer le sentiment d’isolement décrit dans le film. Cécilia est intervenue lors de la séance de questions-réponses pour préciser : “En réalité, même si la quantité d’eau consommée pour les lavages des produits réutilisables (couches par exemple) paraît énorme, ça vaut le coup d’abandonner le jetable. Il faut par ailleurs prendre en compte les produits chimiques utilisés dans les objets jetables, nocifs pour l’environnement et la santé.”

Stéphane Pages, qui travaille chez AfB, une entreprise située à Saint Martin le Vinoux spécialisée dans le reconditionnement informatique, a pu présenter le problème particulier posé par les déchets électroniques :  1,7 tonne de matières premières sont nécessaires à la fabrication d’un ordinateur ; en outre, certains composants sont très polluants et représentent une menace pour l’environnement s’ils ne sont pas récupérés correctement au terme de leur utilisation. AfB collecte auprès d’entreprises ou de collectivités des équipements en fin de cycle afin de leur donner une deuxième vie. Le matériel informatique peut être revendu avec une garantie ou recyclé. En plus de réduire les déchets électroniques, l’entreprise prône l’insertion professionnelle, puisqu’elle emploie 80% de personnes en situation de handicap. Depuis le 1er janvier 2017, GEM travaille avec cette entreprise ; ce partenariat a permis d’économiser 37 tonnes de fer, 86 000 kWh et 28 tonnes de CO2 !

Infographie sur le gaspillage alimentaire – Crédits : Ministère de lAgriculture et de lAlimentation

Vincent Roze, producteur bio de la ferme de Sainte Luce et président du collectif de producteurs “Mangez Bio Isère, a insisté sur la problématique du gaspillage alimentaire : 30% des aliments destinés à la consommation humaine sont perdus tout au long de la chaîne alimentaire ! Dans les restaurants scolaires, 25 à 30% des aliments sont jetés. Pour M. Roze, il est important de sensibiliser les populations à ce problème. Ce producteur est par ailleurs conscient des problématiques liées aux déchets, et propose des produits sans emballages : vous pouvez le retrouver au marché de l’Estacade le samedi, pour acheter du lait, du fromage blanc ou des yaourts à condition de rapporter vos propres contenants.

Jaclyn Rosebrook-Collignon, directrice du service de Responsabilité Sociétale de l’Entreprise à l’école, a salué la volonté du directeur de réduire les déchets de l’école. Elle a cité quelques unes des nombreuses initiatives menées par GEM, comme la réalisation de son bilan carbone depuis 2014 ou la mise en place d’un système de tri qui s’améliore. Elle a également rappelé que les problématiques liées au développement durable font partie intégrante de la pédagogie de l’école, comme en témoignent l’affichage de la charte RSE dans toutes les salles de classe et des actions de sensibilisations comme le Sulitest, que les nouveaux arrivants doivent passer obligatoirement.

Pour finir, nous avons compilé quelques astuces liées au recyclage pour vous permettre de réduire votre impact et de faire des économies ! 

  • Lorsque votre ordinateur ou votre portable ne fonctionne plus, ne le jetez pas tout de suite : il a peut-être une chance d’être réparé. Il existe partout en France des repair cafés, des ateliers de réparation pour les objets cassés. Lors des permanences, des techniciens bénévoles vous aident à réparer et apprendre à réparer votre matériel. Retrouvez le repair café le plus proche de chez vous ici (il y en a neuf autour de Grenoble !).
  • Vous pouvez également faire réparer votre matériel dans un atelier spécialisé en déchets électroniques comme celui de l’association Ulisse Soliduraqui favorise l’accès ou le retour à l’emploi de personnes en insertion sociale et professionnelle.
  • Vos cartouches d’imprimante vides ne sont pas non plus condamnées à terminer à la poubelle. Des sociétés peuvent les reprendre ou même les racheter, comme Cartouche Vide, pour les nettoyer, les remplir et les remettre sur le marché.
  • Enfin, de plus en plus de magasins de prêt-à-porter, comme H&M ou Camaïeu vous proposent de rapporter vos vieux vêtements, qu’ils soient usés ou non, en échange d’une réduction à valoir dans leurs boutiques.

Pour conclure, les façons de recycler et de produire moins de déchets ne manquent pas.  Elles peuvent nous permettre de nous orienter vers un nouveau mode de consommation, et à terme, d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles qui se raréfient dans un contexte de croissance démographique.

 

Pauline Molinari, Louise Vallette, Chloé Ramirez, reporters ImpAct