Agir face à la pollution plastique des océans

Il y a quelques semaines, le plongeur britannique Rich Horner filmait sa baignade à Bali, en Indonésie, au milieu des déchets plastiques ; l’occasion pour nous de dresser un état des lieux de la pollution des océans par cette matière indestructible.

Tout le monde sait que le plastique, que nous produisons, consommons et jetons en masse, fait des ravages dans la nature, en particulier dans les océans. Il semblerait pourtant que la situation peine à s’améliorer. Voici donc une piqûre de rappel sur l’impact de notre comportement quotidien sur l’état des mers du monde, et quelques pistes pour agir.

 

Une plaie pour les océans

Les cinq gyres océaniques où sont concentrés les déchets plastiques        Crédits : Expédition 7ème continent

Chaque minute, l’équivalent d’un camion plein de plastique est déversé dans la mer, selon un rapport de la fondation Ellen MacArthur paru en janvier 2016. Des dizaines de millions de tonnes de ces déchets jonchent les sols marins. A la surface, les courants transportent quelques 300 000 tonnes de plastique qui échouent sur les côtes des îles désertes ou se rassemblent dans ce que l’on nomme des gyres pour former des « soupes de plastique » : contrairement aux idées reçues, les « continents de plastique » sont principalement composés de micro-déchets de moins de 5 millimètres de diamètre.

Ces déchets et micro-déchets représentent un danger pour la faune marine. Concrètement, d’après les recherches de l’université californienne Davis, 25% des poissons vendus sur le marché contiennent du plastique ou d’autres déchets produits par l’être humain. On retrouve régulièrement des cétacés ou des oiseaux avec l’estomac plein de plastique. Les tortues, lorsqu’elles ne s’empoisonnent pas en ingurgitant des sacs plastiques qu’elles prennent pour des méduses, se retrouvent parfois blessées par des pailles ou d’autres objets en plastique.

En 2014, on estimait à 1,5 million le nombre d’animaux victimes du plastique rejeté à la mer. La fondation Ellen MacArthur affirme que si l’on ne change rien, en 2050, il y aura plus de plastique que de poisson dans les océans.

Évidemment, les plastiques ingérés par les petits poissons sont ensuite assimilés et concentrés par leurs prédateurs, que nous finissons par consommer. Chelsea Rochman, chercheuse et professeure en biologie, a mené une étude à ce sujet en 2013, publiée dans Scientific Reports. Elle explique le phénomène de biomagnification : « Si cinq [petits poissons] sont mangés par un plus gros poisson, ce dernier est exposé à 5 fois la dose de polluants. Et si le prochain poisson mange cinq de ces prédateurs intermédiaires, c’est 25 fois la dose qu’il ingère. ». Rajoutez à cela une découverte récente : en août dernier, une équipe de scientifiques américains a montré que les déchets sont ingurgités volontairement par certains poissons, comme les anchois de Californie, qui sont attirés par l’odeur des algues qui colonisent sur le plastique.

Par ailleurs, la pollution causée par le plastique représente une menace et un gaspillage économiques gigantesques : elle cause des réels préjudices au tourisme et coûterait 13 milliards de dollars par an, selon le Programme des Nations Unis pour l’Environnement.

 

Passer à l’action

Des mesures politiques se mettent en place partout dans le monde pour réglementer la production et la consommation des plastiques à usage unique. Le Bengladesh a initié un changement en la matière, en interdisant le premier certains sacs plastiques dès 2002.

Extrait d’une infographie produite par le Parlement Européen en avril 2015

L’Union européenne a quant à elle imposé aux Etats membres de rendre payants les sacs fins non biodégradables avant 2019 et de réduire radicalement leur consommation annuelle : il devront passer de 180 sacs par habitant et par an en moyenne en 2014 à 90 fin 2019 et 40 en 2025.  Dans ce sens, la France a interdit la distribution des sacs plastique à usage unique en caisse en juillet 2016. Elle s’est également attaquée aux cosmétiques à microbilles, interdits depuis le 1er janvier 2018, et devrait bannir la vaisselle jetable et les cotons-tiges en 2020. Certaines localités, où les effets de la pollution plastique sont particulièrement visibles, vont même plus loin : l’île de Rodrigues, qui dépend de la République de Maurice, dans l’océan Indien, a mis en place des consignes sur les bouteilles et barquettes en plastiques en attendant de les interdire complètement d’ici à la fin de l’année.

De nombreuses initiatives sont menées à échelle plus ou moins locale, par des associations ou des entreprises. On peut notamment citer The Ocean CleanUp, une organisation à but non lucratif qui travaille sur un système flottant passif utilisant la force des courants pour nettoyer les mers.

Créé par Boyan Slat, un Néerlandais étudiant en ingénierie, le projet a été rendu célèbre par la prestation de son fondateur, qui n’avait alors que 18 ans, pendant une conférence TEDx : « Comment les océans peuvent se nettoyer eux-mêmes » (disponible sous-titrée en français sur YouTube). Depuis l’été 2016, des prototypes de plus en plus perfectionnés sont testés en mer du Nord (le dernier a été déployé en février dernier) avant un lancement grandeur nature dans l’océan Pacifique prévu pour cet été. Pour suivre l’actualité de The Ocean CleanUp, rendez-vous sur la rubrique updates du site internet (en anglais).

D’autres outils existent pour nettoyer les eaux à un niveau plus local, comme les Seabins, des poubelles qui aspirent les déchets flottants. Placées à des endroits stratégiques, comme les ports, elles peuvent filtrer 25 000 litres d’eau par heure et peuvent contenir 20 kg de déchets plastiques. Elles sont efficaces contre les microplastiques, puisqu’elles filtrent les particules de plus de 2mm, mais également contre les hydrocarbures qui polluent ces espaces. Elles fonctionnent à l’électricité et doivent être vidées deux fois par jour. Mises au point par deux Australiens, elles sont fabriquées dans l’Ain par Poralu Marine, à partir de plastique en partie recyclé. En France, elles ont déjà séduit certaines municipalités, comme la Grande Motte. Leur prix varie entre 2700 et 3300€ hors taxe, selon la quantité commandée.

La ville de Baltimore avait fait parler d’elle avec une initiative de même ordre, baptisée le Trash Wheel Project : un moulin fonctionnant grâce au soleil et au courant, qui récupère les déchets flottant à la surface du port de la ville avant qu’ils ne puissent rejoindre la baie de Chesapeake. Depuis son installation en mai 2014, il aurait récupéré plus de 500 000 kg de déchets, selon National Geographic. Le projet est devenu très populaire, du fait des yeux qui décorent et personnifient le moulin, ainsi transformé en Mr Trash Wheel, très actif sur son compte Twitter.

Par ailleurs, les projets d’expédition sont de plus en plus nombreux ; il est d’ailleurs impossible de tous les mentionner. Ces projets permettent de sensibiliser les gouvernements et le public, notamment les populations les plus touchées par la pollution, lors de leurs escales. Certaines expéditions ont aussi pour but de nettoyer les océans en collectant les déchets plastiques : le Mantra de Sea Cleaners repêchera les macro-déchets flottant à la surface au moyen d’un système de collecte inédit, tandis que la Plastic Odyssey utilisera les déchets plastiques récupérés pendant les escales pour produire du carburant ou fabriquer des objets dans un fab lab embarqué.

L’équipe de Race For Water lors du franchissement de l’équateur – Crédits : Peter Charaf

Il y a également une volonté d’informer au travers de bilans dressés par des équipes de scientifiques, comme celles des expéditions 7ème continent, ou des fondations Race for Water et Tara. Enfin, ces expéditions se veulent exemplaires dans leur fonctionnement quotidien puisqu’elles intègrent des modes de propulsion durables (solaire, hydraulique, éolien, systèmes de stockage d’énergie optimisés…). Chaque initiative possède un site internet avec des dossiers de presse ou des blogs très complets que vous pouvez consulter pour plus d’informations.

Exemples d’objets fabriqués par les membres de Precious Plastic en 2017 Crédits : Precious Plastic

Bien sûr, la meilleure méthode reste d’empêcher les plastiques de se retrouver dans les mers ; pour cela, le recyclage et le réemploi des plastiques se développent. La communauté Precious Plastic, née en 2013, promeut la valorisation du plastique par l’upcycling : recycler pour transformer les déchets en objets fonctionnels et beaux. Elle propose des tutoriels, des espaces de travail, un forum, mais également des plans pour fabriquer des machines (extrudeuse, compresseur, injecteur…) et une boutique où acheter et vendre les objets en plastique créés grâce auxdites machines.

Des projets de plus long terme sont également à l’étude, comme le recours à des bactéries ou à des vers de cire pour détruire les sacs en plastique.

 

Et moi dans tout ça ?

Vous n’êtes pas encore prêt à sortir la grand-voile pour aller ramasser du plastique en mer, ou à monter votre propre extrudeuse pour fabriquer des porte-clés en PET recyclé ? Vous avez tout de même un rôle crucial à jouer !

Commencez par jeter moins et mieux :

  • En toutes circonstances, emportez un sac avec vous ; un filet à provision, un cabas ou un tote bag sera toujours meilleur pour l’environnement qu’un sac en matière biodégradable.
  • Évitez les cosmétiques contenant des microbilles en plastique (gommages pour le corps ou le visage, dentifrices). Ils sont officiellement interdits en France depuis le mois de janvier 2018 mais on en trouve encore dans certains supermarchés. La fondation Surfrider a réalisé une vidéo explicative sur le sujet :
  • Refusez les pailles en plastique, peu recyclées et très nocives pour la faune marine. Si vous ne voulez pas vous passer de cet accessoire, des alternatives existent dans d’autres matières, par exemple en inox. Des mouvements citoyens se forment pour faire interdire les pailles en plastique, notamment les Français de Bas les Pailles et Bye Paille, et certains pays, comme l’Ecosse, les ont déjà bannies. De même, optez pour une brosse à dent en bambou plutôt qu’une version en plastique.
  • Faites l’acquisition d’une bouteille qui dure pour vous passer des bouteilles en plastique, qui mettent plus de 400 ans à se dégrader. Seules 50% d’entre elles sont recyclées en France, et ce chiffre tombe à 20% pour l’ensemble de Europe !
  • Relisez bien les consignes de tri de votre commune : à Grenoble, tous les emballages peuvent être triés pour être recyclés, y compris ceux qui comportent une mention « à jeter ».
  • Bannissez les cotons-tiges (qui de toute façon seront bientôt interdits en France) ; outre la pollution qu’ils représentent, ils peuvent de l’avis des oto-rhino-laryngologistes provoquer des bouchons de cérumen. Quelle alternative ? Vos propres oreilles, qui sont autonettoyantes, et dont il suffit de nettoyer le pavillon (ce qui dépasse, quoi !).
  • Jetez vos mégots de cigarette dans un cendrier ou une poubelle. Les mégots font partie des cinq déchets les plus fréquemment retrouvés dans la mer, et un seul mégot, qui mettra entre 1 et 5 ans à se dégrader, suffit à polluer 500 litres d’eau. Si vous pensez qu’un mégot jeté à Paris, Lyon ou Grenoble a peu de chance de se retrouver dans les océans, jetez donc un coup d’œil à cette vidéo de la chaîne YouTube Professeur Feuillage.

Pour aller plus loin :

  • Les microfibres des vêtements en fibres synthétiques sont les plastiques retrouvés en plus grande quantité dans les organismes des poissons, d’après une étude de l’université de Liège : préférez les vêtements en matières naturelles.
  • Faites vos courses dans des épiceries en vrac : apportez vos propres contenants (bocaux, bouteilles…) et évitez les sacs et sachets jetables ! La Bonne Pioche, mais aussi la franchise Day by Day (plus de 30 boutiques en France) sont présentes à Grenoble. La carte de Réseau Vrac en recense plus de 100 dans toute la France.

Sensibilisez :

  • Discutez avec les commerçants et les restaurateurs : refusez les sacs superflus, questionnez-les sur leur usage de couverts et gobelets en plastique…
  • Participez à des actions de ramassage des déchets sauvages : la fondation Surfrider organise des collectes sur les littoraux français, mais vous pouvez aussi participer à des sessions de la Run Eco Team ou simplement ramasser les déchets que vous trouvez dans la rue pour les jeter, voire mieux, les trier !
  • Suivez les projets d’expédition sur les réseaux sociaux et partagez leurs contenus !
  • Prenez conscience de tout ce que ces efforts permettront de préserver en regardant la magnifique série Blue Planet II de la BBC, diffusée au mois d’avril 2018 sur les chaînes de France Télévisions.
  • Et bien sûr, partagez cet article autour de vous !

 

Louise Vallette – Reporter ImpAct

 

Sources supplémentaires :

« Le 7e continent de plastique : ces tourbillons de déchets dans les océans », Le Monde, 9 mai 2012

« Comment la pollution plastique des océans introduit des toxines dans nos assiettes », GentSide, 22 novembre 2013