Les labels bio, des indicateurs aux zones d’ombre

Des rayons, des magasins leurs sont dédiés ; les produits bio, qui ne se réduisent pas aux fruits et légumes, font désormais partie de notre quotidien et sont reconnaissables aux “labels biologiques” qu’ils arborent.

Les labels, plus que de simples étiquettes

Loin d’être de simples logos, les labels biologiques ont tout d’abord une fonction d’indicateurs qui renseignent sur l’adhésion des produits en question à des normes préétablies. Cela explique la diversité des labels, puisque certains suivent des normes françaises, et d’autres sont issus de normes européennes.

Le plus connu des consommateurs, le label « AB » (agriculture biologique) concerne uniquement les produits agricoles et les denrées alimentaires et renvoie aux critères européens EN 45011. En d’autres termes, il garantit que 95% au minimum des ingrédients sont issus de l’agriculture biologique. Les OGM sont proscrits avec une tolérance à 0,9% en cas de contamination fortuite, tout comme les ingrédients chimiques de synthèse. Ce label est, depuis le 1er juillet 2010, considéré comme facultatif, remplacé par la feuille verte européenne.

Le label « ECOCERT », quant à lui, dépend du COFRAC (Comité Français d’Accréditation), et suit les normes ISO 65. Il garantit donc 95% d’ingrédients naturels minimum et 10% d’ingrédients issus de l’agriculture biologique. Les parfums, les silicones et les colorants de synthèses ne sont pas autorisés, tout comme les tests sur les animaux.

Enfin, les labels ne concernent pas seulement les denrées alimentaires, certains se concentrent sur d’autres marchés. C’est le cas de COSMEBIO qui réglemente, comme son nom l’indique, les cosmétiques.

En plus de différencier les produits biologiques des autres, les labels sont également gage de qualité et suscitent des attentes de la part des consommateurs. Mais comment déchiffrer toutes ces informations ?

Du consommateur au consomm’acteur

Un rayon bio au supermarché – Crédits : Laetitia Duarte, Carrefour City

Tous victimes « green washing », il nous est difficile de s’y retrouver parmi cette multitude d’informations. La diversité des labels, et donc des normes imposées crée inévitablement de l’ambiguïté quant à la qualité des produits en question. Il est donc nécessaire pour les consommateurs de ne pas porter un regard passif mais de regarder au-delà du label biologique afin d’en connaître les ressorts et les limites. En effet, un label bio ne garantit pas forcément qu’un produit soit entièrement biologique, surtout s’il est transformé. Dans le cas d’Ecocert, le label ne garantit que 10% d’ingrédients bios obligatoires.

C’est justement dans le but de montrer les limites des labels bio et des normes européennes que des acteurs tels que la FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique), les Éleveurs Bio de France ou encore des magasins comme Biocoop ont décidé de créer un nouveau label en 2010 : « Bio Cohérence ».  Cette fois-ci, 100% d’ingrédients bio sont exigés pour les produits transformés. De plus, les denrées doivent être cultivées dans des fermes intégralement bio, la coexistence avec des cultures non bio n’est pas tolérée. Toute trace d’OGM est également proscrite. Afin de bénéficier de ce label exigeant, Bio Cohérence demande aux agriculteurs de passer par des organismes de certification.

Une certification difficile d’accès

Pour ce qui est de l’alimentaire, une longue procédure est nécessaire afin de pouvoir obtenir une certification et donc un label biologique. En effet, un label correspond à des normes rédigées dans un cahier des charges que les agriculteurs se doivent de respecter à la lettre. Leurs exploitations sont auditées par des organismes certificateurs, afin de vérifier si les cultures correspondent aux indicateurs présents sur le cahier des charges. Une évaluation est alors réalisée ; si le résultat est positif, c’est le Ministère de l’Agriculture qui décerne le label.

Ce processus de certification est à la fois long et coûteux, puisqu’il comprend les frais d’audit par les organismes, dont la plupart sont privés, les frais d’inscription, mais également des frais de laboratoire d’analyse. Les montants varient de 350€/an pour une petite exploitation de 3 hectares à 800€ pour une grosse exploitation. C’est pourquoi, la PAC (Politique Agricole Commune) a mis en place un programme d’aide à l’installation d’une culture bio en subventionnant les agriculteurs entre 2015 et 2020. Les sommes allouées sont calculées à partir de la superficie des exploitations et les allocations sont gérées par l’Etat et la région. Les subventions se divisent de la manière suivante : l’Europe en verse 75%, à condition que la France verse le reste. Ce frein financier est récurrent. Il touche notamment les producteurs qui collaborent avec Grenoble Ecole de Management dans le cadre du Panier Terroir. Amélie, productrice de fruits et légumes à Voiron, propose des produits issus d’une agriculture qu’elle qualifie de « raisonnée », faute de moyens pour pouvoir se procurer la certification.

Mais le manque de moyens financiers n’est pas le seul obstacle à l’obtention d’un label biologique : il faut également répondre aux exigences strictes du cahier des charges correspondant. On compte environ deux à trois ans de transition afin de convertir une activité de culture aux normes biologiques, voire plus pour les activités d’élevage.

L’aspect financier, les longues procédures ainsi qu’un engagement opérationnel conséquent sont autant de barrières éloignant les petites exploitations des certifications et des labels bios. Toutefois, cette procédure reste une voie vers des exploitations rentables et plus saines produisant des produits de meilleure qualité pour les consommateurs.

Chloé Ramirez, Reporter ImpAct

 

SOURCES

“Comprendre les labels bios et les garanties de chaque label bio » – Ecocentric

“Les produits labellisés agriculture biologique sont-ils vraiment bio?”Le Huffington Post, 4 octobre 2016

“Dans la jungle des labels bios”  – Le club bio, 9 février 2011

“Comparateur : mieux comprendre les labels bios”Le Monde, 21 février 2018

“A quel label bio se fier?”60 millions de consommateurs, 5 janvier 2011

“Cooperar con la tierra” – Cambio16, 13 novembre 2016

“Coûts et aide à la production en agriculture biologique”Côte2Boeuf, 6 novembre 2016