Le papier : sur le papier, c’est peu écolo, mais en réalité, qu’en est-il ?

Le papier : quel bilan dresser ?

Crédit : Alexander Sten

A l’heure où le numérique révolutionne notre quotidien, qu’en est-il du papier ? Qu’il soit sous la forme du post-it, du sac ou bien encore de la fameuse feuille A4, le papier reste encore aujourd’hui très utilisé. Selon Statista, l’industrie papetière de la filière française compte près de 80 entreprises et place la France en 13e position des producteurs de papier les plus importants à l’échelle mondiale. En 2017, sur les 8 millions de tonnes de papier produites, près de la moitié a fini en emballage et un quart a fini en papier à usages graphiques.

Saviez-vous que chacun d’entre nous consomme en moyenne 57 kg de papier et de carton par an ?  Pour un employé de bureau, ce chiffre monte à 70 kg !

Un bilan positif…

Crédit : frozennuch

Fort heureusement, il s’agit d’une ressource renouvelable et en France plus de 2/3 du papier est produit à partir de papier et cartons recyclés. Il faut d’ailleurs savoir qu’une tonne de papier permet d’en produire 900 kg recyclés et que ce processus de fabrication est bien moins gourmand en ressources que le processus traditionnel. De plus, on se dirige de plus en plus vers un mode production plus éco-responsable. Vraisemblablement, les industries ont réduit leurs rejets dans l’eau et leurs émissions de CO².

Pour permettre aux entreprises de connaître leur impact écologique lié au papier qu’elles utilisent, certains services existent : par exemple, Paper Profile propose un bilan complet de l’empreinte écologique de votre papier. 

Le papier est bien trop souvent sujet à des préjugés. La première chose qu’on entend à tort et à travers, c’est que l’industrie du papier détruit la forêt. Or, il faut savoir que la forêt française est peu exploitée pour fabriquer du papier. L’industrie papetière utilise majoritairement du bois issu de forêts durablement gérées. Par ailleurs, le déboisement sert principalement l’élevage bovin. Seconde chose qu’on entend souvent, c’est que les mails polluent bien moins que le papier. Il s’agit là encore d’une idée reçue : on sait que le papier est bien plus éco-responsable que ses cousins du numérique. Benoît Gallier, dirigeant de l’imprimerie Compédit Beauregard nous dit à juste titre que le papier, « c’est le moyen de communication le moins polluant, après la parole ».

Si certains croient à tort que le numérique pollue moins, c’est à cause de son immatérialité. Or dans les faits, les serveurs qui stockent nos données (dont nos mails) sont très énergivores. Sans parler de la fabrication de nos machines qui est un désastre écologique. D’après Cleanfox, une petite application qui vous permet de trier vos mails et de supprimer vos newsletters selon un tri personnalisé, un email représente 10g de CO² et chaque minute c’est 150 millions de mails qui sont envoyés ! Les chiffres qui concernent nos petites actions quotidiennes sont très préoccupants : les SMS générés dans le monde entier représentent plus de 25kg de CO² chaque minute. Sans compter les requêtes Internet (7g de CO² pour chacune d’entre elles) ou les posts sur les réseaux.

… qu’il faut pourtant nuancer

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En revanche, il ne faut pas croire que le papier, c’est 100% écologique. En effet, nous savons qu’un tiers des organisations n’analyse pas ses évolutions d’achats de papier. Par ailleurs, la moitié des dirigeants d’entreprises ne sont pas suffisamment informés quant au grammage, à l’encre utilisée ou au traitement de leurs déchets. Les entreprises impriment, à tort, leurs e-mails et ce de manière trop fréquente. Diminuer de 10% le nombre d’impression des emails reçus dans une entreprise de 100 personnes, pourrait nous faire économiser 5 tonnes de CO² par an, ce qui est considérable. Utiliser du papier, ce n’est pas un crime, à condition de ne pas le gaspiller et de le recycler. Ainsi, du fait de son usage et son gaspillage, on ne peut pas dire que notre consommation de papier soit un exemple, d’un point de vue écologique.

Quant au processus de fabrication du papier, il est lui aussi lourd de conséquence notamment avec les rejets de chlore utilisé pour le blanchiment. Fort heureusement, les techniques ont là aussi fait des progrès (il existe du papier TCF, blanchi sans chlore). Autre point à souligner, la production de papier consomme des quantités d’eau astronomiques. Selon l’Office International de l’Eau, il faut 500 litres pour produire 1 kg de papier. Côté énergie, 1 feuille de papier requiert environs 17 Wh (12 Wh pour 1 feuille recyclée).

Ainsi, il ne faut définitivement pas s’arrêter à des aprioris. Le numérique n’est pas plus éco-friendly grâce à son caractère immatériel. L’industrie papetière ne doit être le bouc-émissaire des protecteurs de la forêt. Le papier, malgré des procédés nuisibles à l’environnement, suit une évolution plutôt encourageante. Beaucoup d’idées sont des préjugés qui ne reflètent pas la réalité.
Si cet article vous a plu, pensez à ne pas l’imprimer !