Industrie textile : réinventons nos dressings

600 grammes de coton manufacturé, et plus de 60.000 kilomètres en moyenne parcourus : l’industrie des jeans et plus largement du textile est la deuxième industrie la plus polluante après celle du pétrole.

Un impact écologique multidimensionnel

Le point de départ de la production de textile est l’élaboration du tissu. Ce dernier est issu de la pétrochimie (notamment pour le polyamide), de l’agriculture (coton, lin ou chanvre), ou de l’élevage (cuir ou encore laine de moutons). Quelles que soient les sources de production du tissu, l’exploitation de ces dernières reste un facteur de pollution. La culture du coton représente 39% de l’industrie textile et nécessite énormément d’eau pour l’irrigation : 5263 litres d’eau pour un kilogramme de coton. Outre la surconsommation d’eau, la forte demande en textile entraîne une intensivité de l’agriculture et implique de ce fait l’utilisation d’engrais artificiels et de pesticides majoritairement répertoriés comme « dangereux » par l’OMS. Les produits toxiques ne sont pas seulement utilisés dans le cadre de la culture, mais aussi pour le traitement des textiles. Greenpeace a en effet, dans son rapport sur les villes de Xintang et Gurao (Chine), dénoncé cet usage systématique de substances nocives pour la planète mais également pour les travailleurs. Gurao se dédie à 80% à la confection de sous-vêtements et contient plus de cinq métaux lourds dans sa rivière principale Xi Xiao qui ne contient plus de poissons.

Le tour du monde d’un jean – Institution de la formation de l’Environnement

Made in China, Made in Bangladesh… Ces inscriptions présentes sur nos étiquettes dépeignent la réalité des importations massives de vêtements en provenance des pays en développement au profit des pays occidentaux. Le constat est alarmant si l’on suit la chaîne de production d’un blue jean : 60 000 kilomètres en moyenne parcourus, soit une fois et demi le tour de la Terre, par cargo, train ou camion. Les différentes étapes de production d’un jean sont autant de destinations par lesquelles ce dernier doit passer avant d’être commercialisé. Les récoltes et la préparation du coton au Pakistan, en Corée du Sud, au Bénin ou encore au Burkina Faso sont suivies de  la filature souvent sur place ou en Italie. Après avoir été teint et tissé, le coton est ensuite manufacturé en Allemagne pour devenir une toile rigide et bleue. La toile est coupée et assemblée en Tunisie. La Turquie fournit et exporte les pierres ponces nécessaires au délavage tandis que la fibre polyester provient du Japon. Une fois tous ces éléments assemblés, les jeans partent pour les entrepôts afin d’être vendus. En 2015, l’émission de CO2 due au transport de textile s’élevait à 1.2 milliards de tonnes.

Nos comportements de consommateur vis-à-vis du textile est également sujet à débat. En effet, 70% des vêtements que nous achetons ne sont finalement pas portés et restent dans nos garde-robes. Valérie Guillard, maître de conférences en marketing et auteure de La boulimie d’objets – l’Être et l’Avoir dans nos sociétés, parle de pathologie compulsive d’achats et du fait de tout garder plutôt que de jeter, donner ou encore recycler.

Valérie Guillard décrit différents profils type de consommateurs et notamment l’acheteur compulsif qui accumule les objets et qui considère l’achat comme un acte gratifiant. Celui qui nous intéresse ici est celui qui ressent une certaine difficulté à se séparer de ses objets. Cette accumulation peut-être expliquée par différents facteur : l’espace que l’on dispose, le manque de solution pour s’en débarrasser… On explique également ce phénomène par des facteurs psychologiques, et notamment notre rapport aux objets qui peuvent nous apporter de la sécurité, qui construisent notre identité ou vecteurs de valeur sentimentale. Cette surconsommation et boulimie des vêtements peut s’expliquer notamment par les périodes de soldes qui sont autant d’opérations marketing et de communication afin de pousser le consommateur à acheter. Nous pouvons citer ici l’exemple du Black Friday, véritable fête de la consommation provenant des Etats Unis. On parle en effet de 72 milliards de dollar de chiffre d’affaire pour cette période en 2016. Cette forte consommation est par ailleurs systématisée par les e-commerces qui démultiplient les possibles en termes de choix de produits.

Ce bilan pessimiste de l’industrie textile ainsi que de son impact multidimensionnel nous pousse à revoir nos modes de production, de transports mais également de consommation des vêtements.

Un modèle à réinventer

Les différentes initiatives de marques ou même de consommateurs font de l’industrie textile un secteur en transition.

L’entreprise 1083, située à Romans-sur-Isère, est spécialisée dans la production de pantalons, de chaussures mais également d’accessoires à base de/en denim. Avec l’ambition de “relookaliser” l’industrie textile en proposant des pièces certifiées issus d’une production 100% d’origine France. L’origine du nom de la marque s’explique d’ailleurs par ces valeurs : les produits parcourent au maximum 1083 kilomètres, distance entre Menton (Côte d’Azur) et Porspoder (Finistère). Seule la culture du coton nécessaire à la confection des vêtements est délocalisée, faute de pouvoir en cultiver en France. En effet, les fibres de coton proviennent exclusivement de cultures biologiques en Turquie, au Mali ou en Tanzanie. Engagés dans la réduction d’émission de CO2, ils proposent même un “kit zéro kilomètres” en mettant à disposition sur leur site internet des patrons de leur modèle et en envoyant le matériel nécessaire : le denim, les boutons ainsi que les étiquettes.

Certaines marques proposent des vêtements avec un processus de confection éco-responsable, c’est le cas de Bonobo Jeans. Au delà de leur objectif de devenir 100% éco-responsable, l’entreprise proscrit déjà certaines techniques trop polluantes et dangereuses comme le sablage qui permet d’obtenir un effet vintage en propulsant sur le pantalon du sable à haute pression. Les employés ne sont souvent pas assez protégés et inhalent de la poussière de silice, extrêmement toxique, qui est à l’origine de la silicose, maladie respiratoire incurable. A la place, Bonobo opte pour de nouvelles techniques de délavage plus respectueuses : l’Airwashed, le laser ou le Seedwash qui permettent de réduire de 70 à 100% leur consommation d’eau pour chaque jean délavé. Enfin, ils auditent leurs fournisseurs afin de vérifier le respect de leurs normes de production socialement et environnementalement responsables.

La technique du sablage, danger environnemental et humain – Crédits : Allison Joyce

Les initiatives peuvent également naître chez les consommateurs eux-mêmes. De nombreux dispositifs appelés des Points d’Apport Volontaire (PAV) leur permettent en effet de trier, et recycler leurs vieux vêtements. En France, il en existe plus de 40 000. Dans ces points, tout type de textile est le bienvenu : chaussures, linge de maison ou habillement neufs ou usés. En moyenne, 59% des vêtements déposés seront réutilisés tels quels, revendus ou donnés aux plus démunis tandis que les autres seront envoyés pour être recyclés en matières premières industrielles ou en géotextiles.

Une autre pratique est de trier son dressing selon le principe “less is more”, autrement dit, “acheter moins mais mieux”. Trier son dressing permet en effet de prendre conscience de ce que l’on a déjà, de ce que l’on veut plus garder et de renouveler son stock de vêtement de façon plus raisonnable. De nombreuses méthodes existent, mais généralement un tri se fait en plusieurs étapes. Celles-ci sont bien explicités dans la vidéo Youtube de Madmoizelle ci-dessous :

La première est de tout sortir de son armoire et de répartir ses vêtements en deux tas : un pour ce que l’on garde ou que l’on compte réparer, et l’autre pour ce que l’on compte donner, jeter ou recycler. Il est parfois difficile de se débarrasser de certaines pièces porteuses de souvenir ou de valeur sentimentale, néanmoins il est judicieux de se demander si l’on a réellement porté plusieurs fois ces vêtements.

Ces multiples initiatives font de l’industrie textile un secteur en pleine expansion et transition vers grâce à un renouvellement des techniques ainsi que la naissance de nouveaux comportements consommateur.

 

Chloé Ramirez, reporter Impact

Sources

La boulimie d’objets, c’est grave docteur?  – France Inter (2014)

L’industrie textile : un modèle à réinventer – L’express (2016)

Quel est l’impact de l’industrie textile sur l’environnement? – The Huffington Post (2016)

Un textile écolo qui a la fibre verte, c’est quoi au juste? – Consoglobe (2014)

La vie d’un jean – Mtaterre

L’industrie textile, plus émettrice de CO2 que les transports aériens et maritimes – Euractiv (2017)

Consommation : le jean est l’un des produits les plus polluants au monde – France TV Info (2015)

La Chine asphyxiée par la pollution de l’industrie textile – Le Monde (2011)

Black Friday, les pièges d’une fête de la consommation – L’expression l’expansion (2017)

Après le Black Friday, une journée contre la surconsommation – Ouest France (2017)

Industrie textile : « Un modèle économique à réinventer » – L’express (2016)

Le tri, et après? – La fibre du tri  

Comment trier ses vêtements? – MadmoiZelle