ENGIE se mettrait-elle au vert ?

Illustration d’ENGIE pour sa participation à la COP22 de Marrakech. Source : www.engie.com

Dans son reportage « Climat : le grand bluff des multinationales », diffusé en mai 2016, France 2 dénonçait le comportement néfaste pour l’environnement de plusieurs firmes travaillant dans le secteur de l’énergie. Parmi ces entreprises, ENGIE, anciennement GDF Suez, à laquelle on reprochait notamment l’exploitation de la centrale australienne de charbon d’Hazelwood.

Cette centrale, construite entre 1964 et 1971, est la plus « sale » du monde dans sa catégorie avec 1,56 tonne de CO2 rejetée pour 1 MWh produit. Elle représente à elle seule 15% des émissions de gaz à effet de serre du Victoria, l’Etat australien dans lequel elle se trouve.

En février 2014, un incendie s’y est déclenché. Il a duré plus de 45 jours, mobilisé plus de 7000 pompiers et de nombreux intérimaires, et a coûté plus de 18 millions de dollars australiens à la collectivité locale, qu’ENGIE refuse de rembourser.

Le 3 novembre dernier, ENGIE a annoncé la fermeture de l’usine et de la mine d’Hazelwood pour mars 2017, pour des questions évidemment économiques, comme l’explique le directeur d’ENGIE en Australie, Alex Keisser, dans un communiqué : « Nous avons maintenant atteint le point où il n’est plus rentable de la faire fonctionner ». Sur les 750 employés que comptent la mine et l’usine, seuls 250 garderont leur emploi sur place après la fermeture, en vue d’organiser le démantèlement et la reconversion du site.

Parallèlement à la fermeture de ce site particulièrement polluant, ENGIE s’est lancée dans une campagne publicitaire en faveur des énergies renouvelables. Peut-être avez-vous déjà remarqué dans les journaux ou sur des panneaux publicitaires des slogans (plus percutants encore pour les Gémiens) tels que : « Ne pas choisir l’électricité verte quand c’est au même prix, c’est comme dire : la fonte des neiges ? Et alors ? J’aime pas le ski. » Cette campagne permet de communiquer sur l’engagement de la firme de fournir tout nouvel adhérent en électricité verte, c’est-à-dire provenant de sources d’énergie renouvelable.

Campagne de publicité d’ENGIE pour son Elec’ verte. (2016) Source : www.engie.com

La question qui se pose alors est la suivante : ENGIE est-elle réellement en train de se tourner vers des sources d’énergie plus propres, ou ces actions ne seraient-elles que du « green washing » ?

Se pose par exemple le problème des cessions dans certaines usines polluantes : certes, elles n’appartiennent plus à ENGIE, donc son bilan carbone s’améliore, mais cela revient au même puisque l’usine est exploitée par d’autres acteurs. De même, les slogans ne serviraient-ils qu’à redorer l’image de l’entreprise, dont l’Etat français est actionnaire à 33% ? En outre, derrière sa publicité pour l’énergie verte, ENGIE propose des offres qui ne l’engagent pas autant qu’on pourrait le croire : lorsque ses clients souscrivent à un contrat d’électricité, l’entreprise achète l’équivalent de la quantité d’électricité consommée par le client en Garantie(s) d’Origine émise(s) par des producteurs d’énergie renouvelable, ce qui ne signifie pas qu’elle investit pour produire elle-même l’intégralité de cette électricité.

Pour l’instant, ENGIE ne dispose que de 19GW de capacités installées en énergies renouvelables, soit 18% de sa capacité installée totale. Parmi elles, l’énergie hydroélectrique est la première source renouvelable, avec 71% de la production totale d’électricité depuis une source renouvelable.

Lorsque l’on sait que la Finlande a récemment annoncé vouloir définitivement bannir le charbon en 2030 et que son l’électricité provenait en 2015 à 45% de sources d’énergie renouvelable, on ne peut qu’espérer que si les autres pays décidaient de suivre l’exemple, les entreprises seraient à terme contraintes de suivre le pas.

Louise Vallette d’Osia – Reporter Impact

Sources : engie.com, France 2 (documentaire réalisé par Jean-Baptiste Renaud), Le Monde, Agence Reuters