Portrait – Amina Bouri a de l’énergie à revendre

Amina Bouri est en 3ème année à Grenoble Ecole de Management. Elle prépare le master spécialisé Management et Marketing de l’Energie, en alternance chez ENGIE à Paris. A l’occasion d’un passage à GEM, elle a répondu aux questions d’Impact.

Y a-t-il une raison particulière qui t’a donné envie de rentrer à GEM ?

J’ai toujours été attirée par le secteur de l’énergie (la transition énergétique, les énergies renouvelables, les économies d’énergie…). J’étais donc ravie d’intégrer GEM, école proposant un master spécialisé dans cette thématique.

J’ai d’ailleurs participé à l’organisation du Forum de l’Energie 2015 dans le cadre du cours de Gestion de Projets, à l’occasion duquel j’ai rencontré le directeur actuel de ce master.

Comment se fait-il que tu aies tant voyagé en Amérique Latine ?

Je suis passionnée de voyages en général. Auparavant, j’ai beaucoup voyagé en Europe et en Asie, puis je me suis tournée vers l’Amérique Latine.

J’ai participé au projet Pérou de SOS, puis j’ai réalisé un échange universitaire au Mexique au premier semestre de 2A, avant de partir en parcours transcontinental à New York au deuxième semestre. Entre les deux, j’ai voyagé pendant plus de deux mois en Colombie, au Guatemala, et à Cuba.

Après le transco, j’ai fait un stage à Medellin, en Colombie, dans un pôle de recherche sur les énergies renouvelables au sein d’une école d’ingénieur, la Escuela de Ingenieria de la Antioquia (EIA). Je travaillais sur le potentiel des coopératives énergétiques en Colombie*.

Pendant ma césure, j’ai suivi des cours de sciences politiques et de littérature à l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine et j’ai pris quatre mois pour faire un tour en Amérique du Sud : Brésil, Paraguay, Chili, Argentine, Equateur. GEM m’a offert la possibilité d’allier études et voyages.

*Coopératives énergétiques = ensemble de particuliers qui se regroupent et mettent en commun leurs moyens financiers, fonciers et techniques pour créer des installations énergétiques (panneaux solaires, éoliennes…) et produire eux-mêmes leur électricité qu’ils peuvent ensuite réinjecter dans le réseau national en cas d’excédent.

En 2014, une nouvelle loi a été votée en Colombie (la loi 1715) pour favoriser les énergies renouvelables. Dans le pôle de recherche où j’ai effectué mon stage, ils avaient besoin de profils de managers pour compléter l’équipe d’ingénieurs et travailler sur l’aspect économique et le business model (j’ai écrit un article à ce sujet qui sera publié bientôt).

Qu’est-ce que Low Carbon City ? Comment es-tu entrée dans cette ONG ?

A l’époque où j’ai découvert Low Carbon City, j’étais en stage à la SNCF, à la Direction de l’Energie : j’étais chargée de mission Economies d’Energie de Traction (comment réduire la consommation énergétique des trains de la SNCF). J’ai adoré mon stage et j’y ai beaucoup appris mais je souhaitais découvrir un autre cadre de travail, plus souple. Je cherchais donc un stage à l’étranger, de préférence en Colombie, pays qui m’avait fascinée. J’ai donc postulé dans le centre de recherche de la EIA ainsi qu’à Low Carbon City. Ayant reçu deux réponses positives, je n’ai pas su choisir et j’ai effectué les deux stages en parallèle. Ça a été un semestre extrêmement intense et formateur !

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est que Low Carbon City organisait beaucoup de projets sociaux. Par exemple, on a travaillé dans un quartier insalubre de Medellin, Moravia, une ancienne déchetterie qui est actuellement l’un des quartiers les plus densément peuplés. En Colombie, il y a eu une guerre civile dans les années 1990-2000. Les alentours de la ville étaient trop dangereux donc des centaines de milliers de familles sont venues se réfugier dans les seuls endroits libres de la ville, là où sont entassés parfois plus de 70 mètres de déchets. Des centaines de volontaires, d’une quinzaine de nationalités différentes, des ingénieurs, des architectes, des financiers, ont aidé à réorganiser la zone, en triant, recyclant, créant des jardinières, des parcs pour enfants, des espaces pour projeter des films, des escaliers car la ville est à flanc de montagne… C’était à la fois un projet social et écologique, et c’est cet aspect-là que j’aimais dans Low Carbon City.

J’ai aussi créé un programme pour former des professeurs. 1200 personnes de 17 à 40 ans vont être formés pour, à leur tour, sensibiliser leurs élèves à des thématiques environnementales.

J’ai organisé un cycle de conférences, en partenariat avec l’université EAFIT, sur les coopératives énergétiques, le thème sur lequel est rédigé mon article. Il y avait environ 200 participants à chaque conférence. Cela peut s’expliquer en partie par le fait que l’énergie est très chère en Colombie. Les gens sont très intéressés par de nouvelles sources d’énergie. En Colombie, une grosse partie de l’énergie est renouvelable, parce qu’elle est basée principalement sur l’énergie hydraulique ; en outre, il y a beaucoup de ressources, notamment du fait de l’Amazonie et de la proximité avec le Venezuela qui croule sous le pétrole…

Et comme Low Carbon City se développe un peu partout, je me suis dit : pourquoi pas l’Europe ? Donc on a décidé de créer une antenne à Paris avec Anouk Lucas, jeune diplômée de Neoma. Low Carbon City sera représentée le mois prochain à la Conference Of Youth (la COP des jeunes, qui a lieu une semaine avant, ndlr) et au People’s Climate Summit (forum pour la justice climatique au moment de la COP, ndlr) avec nos partenaires allemands et espagnols.

Quelles sont les principales difficultés que tu as rencontrées en travaillant avec Low Carbon City ?

Lorsque tu travailles pour une ONG, tu n’as pas vraiment d’horaires. Tu travailles quand il faut travailler, le dimanche, le samedi, quand il faut. Ce qui n’était pas un problème, mais demandait beaucoup d’organisation.

Tu travailles en autonomie : tu dois trouver ton budget et tes interlocuteurs toi-même. Sans budget c’est difficile de travailler, mais finalement je me suis rendu compte que c’était assez facile en Colombie, car les ONG, universités et entreprises soucieuses de promouvoir des valeurs écologiques travaillent main dans la main. Finalement, c’était plus simple que ce que je pensais.

Quels enseignements as-tu tiré de ton expérience ?

J’ai appris à gérer mon temps. J’avais besoin d’argent pour mes voyages, j’ai toujours eu beaucoup de jobs pendant mes échanges et ma césure (professeure de piano, serveuse, traductrice/relectrice pour des doctorants étrangers …) donc j’ai appris à jongler entre mes activités.

J’ai appris que les cours de première année (je pense aux cours d’Excel et de Design Informationnel par exemple) étaient utiles, mais on ne s’en rend compte qu’en troisième année !

J’ai gagné en autonomie grâce à mes différentes expériences, notamment ma mission SOS et mon stage chez Low Carbon City, à trouver des ressources, à monter les projets de A à Z… J’ai aussi acquis des connaissances techniques, lors de mon stage à la Direction de l’Energie de la SNCF et en faisant de la recherche à l’Université EIA.

Enfin, j’ai appris à m’exprimer en public. Par exemple, pour le forum Low Carbon City au Mexique au mois de septembre, j’ai été invitée à donner une conférence sur le potentiel de l’éco-mobilité en Amérique Latine. J’ai fait ma présentation en espagnol, ce qui m’a demandé encore plus de préparation. J’ai également présenté lors de mon stage à la SNCF un gros projet préparé pendant des semaines devant un des décideurs majeurs de la Direction de la Traction de la SNCF.

J’ai réalisé que chaque prise de parole se prépare, ne s’improvise pas. Quand j’étais modératrice pour les conférences que j’organisais à l’université c’était pareil : chaque petit événement doit être préparé en amont. Donc finalement j’ai aussi gagné en organisation.

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Merci pour tes réponses ! Peux-tu nous en dire plus sur les actualités chez Low Carbon City ?

Nos actions en France sont diverses et variées. Nous venons de créer la campagne Bye Paille qui vise à lutter contre l’utilisation des pailles non recyclables (on en jette un milliard par jour dans le monde !). Nous travaillons avec des cafés, des bars, et des restaurants pour qu’ils arrêtent petit à petit d’en proposer à leurs clients.

Nous organisons également le Lundi des Citoyens, événement hebdomadaire rassemblant des entrepreneurs, des associations, des entreprises et des citoyens engagés désireux de respecter davantage l’environnement, autour de thématiques telles que les réfugiés climatiques ou le lien entre l’alimentation et l’environnement. Après une brève présentation des experts du sujet, un débat entre citoyens est organisé afin de penser ensemble les villes de demain.

Depuis sa création en 2015, Low Carbon City organise chaque année un Forum international des villes bas carbone. Il a rassemblé plus de 3000 personnes à Medellin en 2015, s’est tenu au Mexique en 2016 et se tiendra en octobre prochain à Paris ! Vous êtes tous les bienvenus.

Louise Vallette d’Osia – Reporter Impact